Nous avons testé pour vous... la survie en montagne
Vous vous apprêtez à lire le journal d'un frigorifié
Première règle du survivalisme en montagne : ne pas croire ce que montrent les films. Deuxième : ne jamais construire un igloo à la verticale. Troisième : toujours prévoir un plan B. En lisant ces chroniques de trois aventuriers de Loisirs.ch, vous comprendrez que nous avons appris ces maximes… à nos dépens. Récit d’une initiation glaciale mais chaleureuse au Niederhorn (BE) avec a-Hike.
9h12 – Passage du Röstigraben
Preuve de l’esprit d’aventure qui nous animait ce jour-là, nous avons quitté notre Suisse romande pour traverser la frontière linguistique. Direction l’Oberland bernois et le Niederhorn, connu à la ronde pour son balcon à 360°.
Le lac de Thoune scintille malgré le ciel couvert, les curieuses grottes de Saint-Béat nous guettent en contrebas : la journée promet d’être à la hauteur. Et de la hauteur, prenons-en tout de suite. Un funiculaire nous hisse en dix minutes de Beatenbucht à Beatenberg. Le voyage se poursuit ensuite dans une télécabine qui grimpe doucement vers la station supérieure, perchée à un peu moins de 2000 m.
10h12 – Elévation du corps et de l’esprit

Alors que la cabine tangue au-dessus des sapins, notre guide du jour en profite pour se présenter. Noé Thiel, fondateur d’a-Hike, accompagnateur en montagne breveté, organise des sorties nature qui vont au-delà de la simple randonnée. Sa philosophie ? Retrouver la simplicité et la magie du collectif.
Il nous confie qu’entre 5 et 13 ans, il a grandi… dans les bois. Entre feux de camp et vie en communauté, son enfance a forgé des valeurs qu’il cherche à transmettre lors de ses sorties. «Ce qui me rend heureux, c’est de voir les gens se reconnecter à la nature et les uns aux autres», nous glisse-t-il d’un ton inspirant. Dans la nature, on cesse de jouer un rôle. On est juste humain, presque une tribu.
À mille lieues des grandes tirades théoriques, on comprend que notre odyssée dépassera le banal atelier bricolage dans la neige. Il est temps de remettre un peu de vrai dans nos vies trop confortables.
11h03 – Zone de confort, ciao !

Arrivés au sommet, on s’équipe : raquettes aux pieds, DVA (détecteur de victimes d’avalanche) autour du cou, pelles dans le sac. On se sent prêt. Du moins, c’est ce qu’on croit. Les premiers mètres ont quelque chose d’excitant, presque solennel. On avance d’un pas maladroit mais décidé, les raquettes crissent dans la neige encore fraîche.
Le panorama, couronné par les sommets de l'Eiger, du Mönch et de la Jungfrau, nous rappelle à la fois notre petitesse et notre chance d’être là. Après quelques minutes, Noé pointe du doigt : c’est là que nous construirons notre abri de fortune.
L’endroit est plat, Il y a de quoi scier des blocs de glace juste à côté, toutes les conditions sont réunies pour y établir un campement. Attendez une minute... scier des blocs de glace ? Soudain, nous réalisons que les films nous ont bercés d’illusions. Vous voyez ces igloos de dessins animés faits de petites briques bien lisses avec une porte ? Oubliez tout ça ! L’objectif ici est de tailler de grands blocs dans la neige compacte et de les empiler en spirale, de façon à laisser passer le moins d’air possible. Noé est l’architecte, nous sommes les ouvriers et bientôt notre chantier prend des airs de fourmilière.
14h28 – Igloo ou sarcophage ?

Entre deux briques, Noé nous confie tout de même une règle essentielle de survie, certes quelque peu contradictoire avec notre aventure du jour : «Si un jour vous devez vraiment passer une nuit dans la neige, le sarcophage, ça va plus vite et c’est plus sûr. L’igloo, c’est surtout pour le côté fun et participatif». Première leçon retenue.
Dans un élan d'enthousiasme, nous retirons nos raquettes pour être plus agiles. Erreur de débutants, bien sûr. Nous nous enfonçons dans la poudreuse jusqu’aux genoux. Moitié gênés, moitié galvanisés, nous parvenons tout de même à garder notre motivation au-dessus du niveau de la neige.
16h02 – L’heure du drame

Petit à petit, les aventuriers font leur nid et il est déjà temps de poser la dernière pierre. Laura et moi nous faufilons à l’intérieur pour consolider les fondations et boucher les derniers trous. Si nous étions dans un film, c’est précisément à ce moment que se lancerait une musique épique et que le ralenti débuterait. Les mains tremblent, l’instant paraît suspendu.
La dernière brique approche délicatement… et c’est le drame ! Le palace s’effondre sur nous tel un château de cartes givré. Steven se précipite à notre rescousse — non sans avoir bien ri et pris quelques photos auparavant. Si c’était une saga, ce serait notre Titanic. Deuxième leçon : à la montagne comme dans la vie, il faut des bases solides.
16h20 – On passe directement au plan C

C comme chocolat. Heureusement, lui, il ne déçoit jamais. Bien plus solide sur ses appuis, Noé sort de son sac à dos magique un caquelon et un savant mélange de cacao et de fruits qui nous laissent entrevoir le paradis fondu. Et si l’igloo ne nous a pas offert d’abri, ses ruines forment désormais une table idéalement taillée pour accueillir notre festin.
Autour du caquelon, nous reprenons du service. Plus habiles avec une fourchette qu’avec une scie, nous nous réconfortons de chaque bouchée en riant de nos déboires. Noé parle de ses sorties en nature, de ses stages de survie, de ses treks où chaque participant devient membre d’une petite tribu. Et nous, on réalise que la nôtre est déjà née autour de ce chocolat fumant.
La vraie chaleur, ce n’est pas dans un igloo qu’on la trouve, mais dans le partage. Et puis, nous avons survécu, n’est-ce pas ?