


Les dossiers
Bisses du Valais

Balades au fil de l’eau
Véritables spécialités valaisannes, les bisses sont ces canaux d’irrigation, pour certains vieux de plusieurs siècles, qui ont pour fonction de capter l’eau des glaciers pour irriguer les prairies.
TEXTES : Nathalie Rouveyre-Scalbert
Aujourd’hui les bisses font le bonheur des amateurs de balades. Toujours en eau, parcourant la forêt ou les vignes, suspendus à la montagne ou épousant gentiment le doux relief, les bisses sont une formidable invitation au voyage, entre beauté naturelle et richesse du patrimoine.
Du génie humain…
C’est un paradoxe qui a fait naître dans l’esprit de quelques Valaisans l’idée des bisses au XIVe siècle. Comment affronter la sécheresse qui brûlait les prairies, alors qu’à quelques centaines de mètres au-dessus, des torrents d’eau venant des glaciers dévalaient les pentes pour rejoindre le Rhône ?
La construction de canaux d’irrigation était la solution toute trouvée pour développer l’agriculture paysanne et permettre notamment aux paysans d’obtenir du fourrage pour leur élevage de bovins. On les baptisa bisses en référence au mot bief qui, en ancien français, désignait un canal ou un ruisseau.
L’apogée des bisses remonte selon certains historiens au XIXe siècle. Ce système ingénieux de partage de l’eau a sans aucun doute permis le développement économique du Valais, lui garantissant ainsi une activité agricole prospère.
Au début du XXe siècle, on pouvait compter quelque 1800 km de bisses dans le canton. Malheureusement les canaux sont pour la plupart tombés en désuétude et laissés à l’abandon à partir de la seconde moitié du XXe siècle.
L'inventaire
des bisses
du Valais
recense
aujourd'hui
486 bisses
connus et
101 supposés...
Le mystère
demeure.
On constate depuis peu une renaissance de l’intérêt pour ces constructions du génie humain, compte tenu de leur potentiel touristique et du souci toujours plus répandu de préserver la biodiversité.
Les bisses, objets de fascination
Accrochés à la paroi de la montagne ou suivant naturellement son doux relief, en bois, en métal ou creusés dans la roche, les bisses fascinent par leur diversité et leur façon de s’accommoder avec la nature. De longueur variée, allant de quelques centaines de mètres à plus d’une dizaine de kilomètres, les bisses se caractérisent par une faible déclivité de 1 à 2% au maximum.
Le vertigineux bisse d’Ayent, accroché à flanc de montagne
Parcourir un bisse constitue une expérience
singulière. L’exploit technique
frappe d’autant que les travaux ont
été effectués dans des temps lointains
et que la nature se révèle hostile.
La construction des bisses met en
valeur un savoir-faire technique
et humain parfaitement maîtrisé,
s’agissant en particulier des bisses en
bois qui font la grande singularité des
canaux d’irrigation du Valais.
Mais au-delà de l’édification de ce réseau si singulier, les bisses témoignent aussi d’une organisation sociale originale où l’eau, considérée comme un bien public, était gérée selon un mode communautaire par des consortages. Ces structures furent créées par des groupes d’agriculteurs dans le but de construire les systèmes d’irrigation et de se répartir les droits et les charges selon la surface et la taille du troupeau de chacun. Tous les membres du consortage élisaient un répartiteur, chargé de distribuer l’eau entre les irrigants, et formulaient des règles très strictes pour limiter les conflits. Chacun exerçait un contrôle mutuel important. Aujourd’hui, les règles ont évolué et prennent en considération les fonctions touristiques et environnementales des bisses.
Les bisses témoignent d’une organisation sociale originale où l’eau, considérée comme un bien public, était gérée selon un mode communautaire

Vers un renouveau des bisses
Depuis quelques années, les bisses bénéficient d’un regain d’estime de la part du grand public. A la croisée des chemins entre patrimoine et nature, ils constituent des itinéraires touristiques riches de la diversité des paysages traversés et sont particulièrement bien adaptés aux balades en famille. Exception faite évidemment des bisses accrochés à la montagne, peu conseillés aux enfants et aux acrophobes !
Mais au-delà de ce potentiel touristique, la valeur patrimoniale des bisses, le souci de conserver cet héritage et de préserver la biodiversité expliquent l’intérêt du public pour ces constructions d’un autre âge. La vision de l’eau, en tant que ressource naturelle essentielle à la vie, a grandement évolué au cours des dernières années, et sa conservation est aujourd’hui au coeur du débat politique et des préoccupations de beaucoup. Les bisses non seulement contribuent à canaliser cette ressource mais aussi à maintenir la biodiversité des prairies, d’où leur importance essentielle pour le Valais.
LES BISSES
DE NENDAZ
Temps de parcours : 3 h 30
Distance : 12,5 km
Accessible à tous
Parmi les bisses de Nendaz, le bisse du Milieu et le bisse Vieux constituent un circuit de balade idéal entre l’eau, la forêt et la montagne. Cet itinéraire à l’avantage d’éviter de suivre le même bisse à l’aller comme au retour et de faire une boucle à partir du point de départ de la station Haute-Nendaz.

Le bisse du Milieu a été construit au début du XVIII e siècle et reste toujours en eau, car il sert à l’irrigation des cultures de framboisiers et d’abricotiers. Départ à 1325 m d’altitude depuis la station Haute-Nendaz. Cette première partie vous permet de remonter un bisse devenu torrent d’eau. Suivez le cours d’eau jusqu’à la chapelle de Bleusy, construite en 1930 pour permettre aux paysans d’assister à la messe pendant la transhumance. Vous traversez les forêts de pins et de hêtres et pouvez faire une pause gustative dans l’un des restaurants du Planchouet.
Retour par le bisse Vieux dont la prise d’eau est à 1560 m entre Siviez et Planchouet. Même si on ne peut en dater précisément l’édification, le plus ancien document le mentionnant remonte à 1658. Le bisse Vieux permet d’apprécier l’évolution des techniques de construction et notamment des matériaux utilisés. Après le bois viennent le béton et le fer. L’arrivée vers la station permet d’apprécier la beauté d’un panorama exceptionnel sur la vallée du Rhône et la ville de Sion.
RESTAURANT CHEZ EDITH
Une cuisine traditionnelle valaisanne
à déguster sur la terrasse immergée
dans la verdure. Accueil sympathique
environ 40 fr./pers
Route de Siviez
Tél. 027 288 21 89
HOTEL MONT-FORT
Située dans le centre de la station,
une adresse simple mais confortable.
A partir de 114 fr. la chambre, petit
déjeuner compris.
Route du Télécabine 8
Tél. 027 288 26 16
www.hotelmontfort.ch
ACTIVITÉ ANNEXE
Monter au sommet du Mont Fort à 3328 m
d’altitude pour le lever du soleil.
Un spectacle magique !
Du musée au patrimoine mondial de l’Unesco

Deux initiatives témoignent de cette renaissance des bisses, à savoir l’ouverture d’un Musée des bisses et l’élaboration d’un projet pour les faire inscrire au Patrimoine mondial de l’Unesco.
A partir du 23 mai 2012, le Musée des bisses ouvre ses portes dans la « Maison Peinte » d’Ayent. Dans cette demeure datant du XVIIe siècle, près d’une dizaine de salles raconteront les bisses, depuis leur création jusqu’à aujourd’hui. Une multitude de documents écrits, de photographies, de vidéos témoigneront de cette folle aventure où seront abordées les techniques de construction, les traces de la mémoire collective valaisanne ainsi que l’importance de l’eau dans la vie de l’homme. Des outils pédagogiques seront mis en place à destination du public, à l’instar des aménagements extérieurs où un répartiteur d’eau permettra à chacun de jouer avec l’eau des bisses.
L’objectif pour Armand Dussex, à l’origine du projet, est de transmettre l’héritage de ce patrimoine matériel et immatériel en évoquant toute la dimension culturelle des bisses. L’ inscription des bisses au Patrimoine mondial de l’Unesco est aussi à l’ordre du jour pour le Canton du Valais. Un projet en ce sens devrait être soumis en 2014 à la Confédération. Trois systèmes d’irrigation font déjà partie du Patrimoine mondial de l’Unesco ( en Chine, à Oman et en Iran ) et selon les autorités compétentes, les bisses du Valais apporteraient un caractère novateur du fait de leur situation en montagne, de l’usage du bois dans les techniques de construction et de l’organisation en consortages. Une affaire à suivre…
Pour conclure, comme le disait un intervenant lors d’un colloque international à Sion, en septembre 2010 : « Le Valais sans les bisses ne serait pas le Valais, tout comme Zermatt ne serait pas Zermatt sans le Cervin. »

Le bisse de Nendaz : une balade pleine de fraîcheur pour toute la famille
Autres propositions de balades
Les géants de Balavaux à Nendaz (balade familiale, durée 2h15)
Le circuit des trois bisses dans le Val d’Anniviers
(balade acrobatique, difficulté T3)
Le sentier des sens à la Tzoumaz
(sentier ludique et interactif qui croise le bisse de Saxon)
BISSE DE CLAVAU
Splendide au coeur des vignes.
D’Icogne à Sion.
Temps de parcours 3 h 10.
Niveau de difficulté T1
BISSE D'AYENT
Une longue balade,
un classique du genre.
Du barrage de Tseuzier
aux mayens d’Arbaz.
Temps de parcours 3 h.
Niveau de difficulté T3
BISSE DE NIWÄRCH
Sublime mais pour les coeurs bien
accrochés qui ne craignent pas le
vertige.
A Ausserberg.
Temps de parcours 5 h 15.
Niveau de difficulté T3
BISSE DU RO
Un tracé spectaculaire avec des
passages vertigineux.
Du barrage de
Tseuzier à Crans-Montana.
Temps de parcours 3 h 15.
Niveau de difficulté T3
BISSE DE SION
Longue balade avec quelques passages
sensibles mais sécurisés.
Du barrage de Tseuzier à Anzère.
Temps de parcours 4 h.
Niveau de difficulté T2
BISSE DU TORRENT-NEUF
(ÉGALEMENT NOMMÉ BISSE DE SAVIÈSE )
Un parcours audacieux mais complètement
sécurisé.
A Savièse. Départ de
l’Etang des Rochers.
Temps de parcours 3 h.
Niveau de difficulté T2
BISSE D'ERGISCH
Un moment de paix entre l’eau
et la forêt.
De Hübschweidi à
Ergish.
Temps de parcours 3 h 30.
Niveau de difficulté T2
BISSE DE VERCORIN
Magnifique promenade,
un incontournable.
A Chalais.
Temps de parcours 3 h 45.
Niveau de difficulté T2
La brochure Randonnées le long des bisses en Valais propose 23 itinéraires très accessibles et peut être téléchargée sur le site www.valais.ch, ou commandée par mail à info@valais.ch, ou par téléphone au 027 327 35 70.
Le saviez-vous ?
Selon l’échelle de cotation des randonnées du Club Alpin Suisse, T1 indique une randonnée en terrain plat ou en faible pente, sans risques de chute ; T2 correspond à une randonnée en montagne avec tracé ininterrompu, montées régulières, terrain parfois raide et risques de chute pas exclus ; T3 désigne une randonnée en montagne exigeante, avec sentier pas forcément balisé partout, quelques passages exposés avec risques de chute, pierriers et pentes mêlées de rochers.







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